Prendre le temps (Juin 2018)

journey-2076817_1280« Pas le temps », « je suis débordé », « pas une minute à moi »… on entend ces mots et on les prononce soi-même plusieurs fois par jour. Chacun a l’œil rivé sur sa montre, tel le lapin fou d’Alice au Pays des merveilles. Et comme un autre lapin, celui de La Fontaine cette fois, on court, on court, quitte à oublier son objectif et à se perdre en chemin. Mais après quoi court-on au juste ? L’argent, l’amour, la gloire, la jeunesse, la beauté ? Ou tout simplement après le temps ? Ce temps qui nous paraît toujours compté…

Les journées semblent trop courtes pour contenir tout ce que l’on veut y faire entrer au chausse-pied : les trajets d’école, le travail, les repas, les courses, les devoirs des enfants, etc. C’est vrai que nous autres, parents, ne manquons pas d’occasions de bien occuper chaque heure du jour et de la nuit. Mais ne remplit-on pas aussi son agenda par peur de se retrouver seul face à soi-même ? N’est-on pas fier d’être « charrette-deborded », parce que cela donne le sentiment d’exister ? Alors on se couche chaque soir harassé en ayant l’impression de n’avoir rien fait et en appréhendant le programme chargé du lendemain, pareil à Sisyphe condamné à rouler son rocher éternellement. Dites, ce n’est pas une vie !

Et si on prenait le temps de vivre, justement ? Le temps de méditer, bayer aux corneilles, rêver, rire ou pleurer, refaire le monde en discutant autour d’un verre (ou deux !), concocter des bons petits plats, savourer une glace, humer les parfums de l’été, flâner dans la nature, lire un bon roman, aller au cinéma, lécher les vitrines, coudre, peindre, bricoler, s’offrir un massage complet, faire un long footing ou au contraire s’écrouler dans un transat, se recueillir dans une chapelle… Àchacun ses petits bonheurs ! L’important, c’est de s’octroyer des pauses pour prendre soin de son corps, de son esprit et de son âme, retrouver ceux que l’on aime, afin de mieux se retrouver soi-même.

Car perdre son temps, c’est parfois en gagner. Inutile de rappeler que l’on est nettement plus efficace et motivé face aux tâches ingrates lorsqu’on est reposé et détendu ! Pour ne pas toujours subir le diktat du « il faut » et moins souffrir du stress, l’objectif est de trouver le meilleur équilibre possible entre devoirs et plaisirs, et mettre en place un rythme de vie qui nous convient. Rien de tel que les vacances pour s’entraîner ! Alors voici votre mission pour cet été, si vous l’acceptez : respirez à pleins poumons, reposez-vous et surtout, prenez du BON temps !

Anne-Sophie Prost

En gros, tu vois ? (Juin 2017)

Tics-de-langage-SAW1-copie-1Il en est des tics de langages comme des petites manies, c’est aussi agaçant que fascinant à observer. La répétition crée l’attente : on se surprend à guetter la prochaine occurrence, on est presque déçu quand elle met du temps à venir et on jubile – bingo ! – quand elle apparaît, comme si c’était le numéro manquant pour gagner le gros lot, sous les applaudissements du public. Et dans le même temps, on soupire mentalement d’irritation face à ces envahissantes redondances…

Il y a les tenants du « en gros », qui ne peuvent décrire une situation, expliquer un concept ou raconter leurs dernières vacances que « en gros ». Comme s’il était préférable de faire l’économie des détails, des adjectifs, des compléments circonstanciels de temps, de manière ou de lieu ; comme s’il ne fallait pas s’encombrer de textures, d’odeurs, de saveurs et de couleurs. En général, le « en gros » est suivi de « tu vois ? », obligeant définitvement l’interlocuteur à se débrouiller avec ses propres pinceaux pour illustrer la scène dans son esprit.

On trouve aussi les partisans du « c’est clair », ceux-là mêmes avec lesquels précisément rien n’est clair ! Ils le disent à la façon d’un mantra, pour s’en auto-persuader à défaut de convaincre les autres. Souvent, ils ponctuent leur discours d’un « en fait », censé renforcer ce qu’ils disent et raccrocher l’intérêt de ceux qui se sont perdus en route.

On pourrait citer encore ceux qui glissent des « si tu veux » et « si tu préfères » tous les trois mots dans leurs phrases, donnant l’impression de s’intéresser personnellement à celui à qui ils s’adressent, alors qu’ils ne se parlent qu’à eux-mêmes et tournent en boucle sur leur propre logorrhée.

Enfin, on trouve les éternels ahuris, les ravis de la Crèche : ceux qui réagissent à toute information par un « c’est pas vrai » ou « sérieux », avec un point d’interrogation ou d’exclamation selon les circonstances, comme si tout ce qu’on leur disait les surprenait ou les indignait au plus haut point.

J’aurais pu évoquer en outre quelques best-sellers actuels, tels que « du coup », « voilà » ou « typiquement ». Difficile d’y échapper – moi la première – ! Car un tic de langage, c’est comme un vilain virus que l’on attrape on ne sait comment et dont on se débarrasse difficilement. Voilà, je ne sais pas si, en gros, du coup, c’est clair ?

Anne-Sophie Prost

N’oublions pas « la petite fille Espérance »

Texte écrit pour Noël 2016 dans « le Petit Saint-Symph ».

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« Peur sur la France », « Le début de la fin », « Les tueurs sont parmi nous »… A en croire les médias qui raffolent des titres anxiogènes, on ferait mieux de ne plus se lever le matin et de plonger la tête sous l’oreiller. Certains s’étonnent même que l’on puisse encore vouloir donner naissance à des enfants dans un contexte pareil…

C’est vrai que l’ambiance n’est pas vraiment à la fête, c’est le moins que l’on puisse dire. Nos enfants grandissent dans un monde sinistre et inquiétant, dans lequel on parle de décapitations, d’attentats, de fusillades, de bombes, de camions fous. Où plus personne n’est à l’abri nulle part, ni au travail, ni au bureau, ni dans dans les transports, les centres commerciaux, les cafés ou les salles de spectacles. Même à l’école, qui devrait être un lieu sécurisant entre tous, il faut appliquer de manière drastique le plan Vigipirate. Ainsi, à Saint-Symphorien, nous sommes désormais familiers des badges d’accès qui régissent l’entrée et la sortie des enfants. Quant aux exercices de PPMS (plan particulier de mise en sûreté), ils font maintenant partie du quotidien des écoliers, collégiens et lycéens.

Alors oui, ce n’est pas le monde que l’on voulait offrir à nos enfants. On est loin du paradis des Bisounours, du cocon doux et chaleureux dans lequel on aurait aimé les laisser grandir. Mais est-ce une raison pour déprimer et les entraîner avec nous dans une vision triste et angoissante de l’avenir ? Non, car en marge de toutes ces horreurs, demeure à nos côtés « la petite fille Espérance », qui « voit ce qui n’est pas encore et qui sera » et « qui fait marcher tout le monde » (cf. le magnifique poème de Charles Péguy à lire et relire). Pour le chrétien, l’espérance, c’est mettre sa confiance dans les promesses de Dieu, même quand tout semble difficile ou perdu.

Alors en ce temps de l’Avent, rappelons-nous que Noël est justement la fête de la lumière et de l’Espérance et développons avec nos enfants notre capacité d’émerveillement devant toutes les belles initiatives qui éclosent un peu partout dans le monde, tant en faveur de nos frères que de la planète. Agissons avec ceux qui nous entourent pour que le monde soit plus beau, plus juste et fraternel. Et vivons, du fond du cœur, un véritable « joyeux Noël » !

Anne-Sophie Prost

 

L’ ESPÉRANCE de Charles Péguy

La foi que j’aime le mieux, dit Dieu, c’est l’ Espérance.

 La Foi ça ne m’étonne pas.

Ce n’est pas étonnant.

J’éclate tellement dans ma création.

 La Charité, dit Dieu, ça ne m’étonne pas.

Ça n’est pas étonnant.

Ces pauvres créatures sont si malheureuses qu’à moins d’avoir un cœur de pierre, comment n’auraient-elles point charité les unes des autres.

 Ce qui m’étonne, dit Dieu, c’est l’ Espérance.

Et je n’en reviens pas.

L’ Espérance est une toute petite fille de rien du tout.

Qui est venue au monde le jour de Noël de l’année dernière.

C’est cette petite fille de rien du tout.

Elle seule, portant les autres, qui traversa les mondes révolus.

La Foi va de soi.

La Charité va malheureusement de soi.

Mais l’ Espérance ne va pas de soi. L’ Espérance ne va pas toute seule.

Pour espérer, mon enfant, il faut être bienheureux, il faut avoir obtenu,

reçu une grande grâce.

 La Foi voit ce qui est.

La Charité aime ce qui est.

L’ Espérance voit ce qui n’est pas encore et qui sera.

Elle aime ce qui n’est pas encore et qui sera.

 Sur le chemin montant, sablonneux, malaisé.

Sur la route montante.

Traînée, pendue aux bras des grandes sœurs,

qui la tiennent par la main,

La petite espérance s’avance.

Et au milieu de ses deux grandes sœurs elle a l’air de se laisser traîner.

Comme une enfant qui n’aurait pas la force de marcher.

Et qu’on traînerait sur cette route malgré elle.

Et en réalité c’est elle qui fait marcher les deux autres.

Et qui les traîne, et qui fait marcher le monde.

Et qui le traîne.

Car on ne travaille jamais que pour les enfants.

 Et les deux grandes ne marchent que pour la petite.

Extraits de : Charles Péguy, Le Porche du mystère de la deuxième vertu, 1912

Chut, Maman travaille ! (Juin 2016)

Un vendredi à 16h30, je sors tout juste d’un après-midi avec les CP à la piscine. Bien sûr, je me suis attendrie sur les petits bonnets blancs, rouges, noirs ou jaunes, qui s’égayaient dans l’eau. J’ai joué à l’habilleuse pour aider à enfiler collants et chaussettes, puis à Sherlock Holmes pour inspecter chaque recoin du vestiaire et ramasser les lunettes de piscine oubliées. Je me suis amusée à écouter les babillages sur le chemin… même si c’était un peu moins drôle de se prendre la pluie au retour, mais ce sont les aléas du métier. Bref, les enfants sont rentrés sains et saufs (!), je me félicite d’avoir été utile et d’avoir fait plaisir à mon fils. Une mère exemplaire, en somme !

Mais mon beau sourire auto-satisfait se fissure lorsque ma fille cadette sort surexcitée de l’école en m’annonçant fébrilement : « Maman, on a une sortie au cinéma la semaine prochaine. La maîtresse nous a demandé si un parent pourrait nous accompagner… Je lui ai répondu que tu étais très disponible ! » (authentique). Et là, tout s’écroule : je prends conscience une fois de plus que, pour ma fille, ma vie se résume à de grandes vacances. Idée qu’elle manifeste régulièrement en partant à l’école en me lançant d’un ton jaloux « tu as trop de chance, toi, de ne pas devoir y aller ! ». J’ai beau lui répondre que d’une part j’ai déjà donné en années scolaires, merci, et que d’autre part je ne vais pas enchaîner cinéma, MacDo et accrobranche toute la journée, parce que j’ai « un vrai travail, avec de vrais clients et de vrais délais » : rien n’y fait.

C’est tout le problème avec des parents qui n’ont pas des professions bien identifiables : médecin, boulanger ou garagiste par exemple. De vrais métiers, quoi ! Ainsi, pour mes enfants, leur père était officiellement conducteur de train, puisqu’il partait à la gare tous les matins : cela leur parlait plus qu’un emploi dans la finance. Quant à moi, ils me voient écrire à longueur de journée sur l’ordinateur, mais pourquoi, pour qui ? Le terme de « rédactrice » leur semble bien obscur… Et le fait de travailler en indépendante à la maison accentue cette image de travail qui n’en est pas un. C’est ainsi que ma fille ne se gêne pas pour me raconter sa vie ou balancer son cahier de grammaire sur mon clavier, lorsqu’elle me voit les yeux rivés sur l’écran, avec un casque anti-bruits sur les oreilles… Maman est forcément dis-po-nible !

De fait, au cours des dernières décennies, un certain nombre de métiers ont disparu, d’autres ont changé de nom (comme les instituteurs devenus professeurs des écoles), d’autres encore sont apparus avec des noms bizarres (community manager, webdesigner, etc). Et de nouvelles façons de travailler ont émergé : l’auto-entrepreneuriat, le télétravail, le co-working… Nous-mêmes, on en perd parfois notre latin, alors que dire de nos enfants ?

Vive les vacances ! (Juin 2015)

Le dernier conseil de classe est passé, le rodéo du mois de juin se termine, avec son cortège de fêtes et spectacles de fin d’année. Toute la famille atteint juillet sur les rotules et n’attend plus qu’une seule chose : partir en vacances…

VACANCES : ce seul mot éclaire nos regards d’une félicité totale. À nous les plaisirs de l’été : les enfants rieurs et dorés comme des abricots, le farniente sur la plage ou sur un transat, les longues soirées passées à siroter un verre en refaisant le monde… Le tout en chantonnant gaiement « Il y a le ciel, le soleil et la mer »… Oui vraiment, les vacances, c’est idyllique.

Sauf qu’il ne faut pas oublier la fameuse règle des 3 V : Valises, Voiture, Vacances. En effet, ce n’est pas le tout de s’imaginer en maillot de bain en train de faire la planche sur l’océan, cela se mérite ! Avant d’y parvenir, il y a un certain nombre de tâches à accomplir, qui peuvent vite virer au parcours du combattant, façon « Survivor » ou « Koh Lanta ».

Cela commence par devoir gérer le casse-tête du programme familial, avec les camps scouts des uns, les séjours des autres chez les grands-parents ou les copains, les dates de congés des parents à adapter, le pélé des pères de famille, etc etc. Ou comment devenir formateur sur Excel en deux heures. Puis, il faut attaquer le remplissage des valises et sacs à dos, en devenant les pros du jeu de Tetris pour faire tenir le maximum de choses dans un minimum de place, en n’oubliant surtout pas les doudous, les lunettes de soleil et l’anti-moustiques. Enfin, votre mission, si vous l’acceptez, est de faire rentrer tout cela dans le monospace familial (mais non, mon chéri, le parasol et la bouée canard sur tes genoux pendant six heures ne vont pas te gêner du tout !) et attaquer la phase la plus sympa : le voyage en voiture !

Et c’est là, après avoir fait 12 pauses pipi, 17 arrêts « parce que je ne me sens pas très bien, Papa », calmé 21 disputes, distribué 54 bonbons et biscuits, et répondu 73 fois à la question « dis, Maman, quand est-ce qu’on arrive ? »… que vous craquez. Vous vous surprenez à perdre votre bel enthousiasme et à vous énerver en hurlant : « si c’est comme ça, c’est la dernière fois qu’on part en vacances !!! »

Ah la la, si près du but, quel dommage ! Mais souriez et restez zen : ouf, dans deux mois, c’est la rentrée !

As-tu fait tes devoirs ? (Déc. 2015)

« Devoir, n.m. : Obligation morale, tâche à accomplir, responsabilité, charge. » D’emblée, nous voilà plombés ! Et maintenant, la question est : comment écrire un article léger sur un sujet aussi lourd ? Et bien, précisément, c’est le « devoir » que m’a donné ma rédactrice en chef chérie du « Petit Saint Symph », à rendre aujourd’hui pour hier… et non l’inverse ! Plus question de procrastiner (cf. mon article sur le sujet dans un précédent Petit Saint Symph, pour ceux qui suivent), d’essayer d’invoquer mon cours de gym, mon atelier de fleurs en macramé ou mon poulet dans le four, il faut que je m’y mette. Et c’est dur, je vous l’assure !!!

Comme je comprends les enfants qui frémissent, verdissent, se rapetissent, au moment où on leur assène la question fatidique : « as-tu fait tes devoirs ? » C’est vrai, franchement, il y a des choses tellement plus amusantes à faire en rentrant de l’école : goûter, jouer, lire, courir, sauter, s’amuser, faire des bêtises, embêter sa sœur, taquiner le chat, etc. Et la supplication « oh Maman, je les ferai plus tard, s’il te plaît ! » prend parfois la tournure tragique d’un « encore quelques minutes, monsieur le bourreau ! » On se sent alors bien désolé de devoir rappeler nos enfants à la dure réalité de la vie : dites, on n’est pas là (que) pour rigoler, il faut aussi travailler.

D’autant plus que l’heure tourne, le soir ! Le timing est serré, entre le goûter, les devoirs, la douche, le dîner et le coucher. Alors, compatissant et surtout très motivé pour que les choses avancent, on donne de sa personne et on se plonge avec délice (?) dans les tables de multiplication, les mots à retenir, la leçon de sciences ou la récitation du poème de Maurice Carême. Si bien que l’on finit souvent pas savoir la poésie sur le bout des ongles, mieux que nos enfants eux-mêmes !

Et ça ne s’arrange pas avec le temps ! Quand nos chéris grandissent et débarquent le dimanche soir à 20h30, la mine penaude, en nous annonçant qu’ils ont une dissertation à rendre pour le lendemain et que non, ils n’ont pas écrit encore un seul mot… on pousse un grand soupir et on s’y attelle. Et on attend ensuite fébrilement la note obtenue. Au fait, vous avez eu combien à la dernière dissert’ de votre fils ???

Changer notre regard (avril 2015)

Le 2 avril a eu lieu la Journée mondiale de sensibilisation à l’autisme. Vous vous en souvenez ? Moi oui, car ce jeudi matin-là, ma fille m’a tannée en pleurant parce qu’elle ne trouvait pas dans son placard de T-shirt BLEU adapté à la circonstance ! (PS : penser à prévenir la DASS que mes enfants n’ont rien à se mettre sur le dos…)

Mais c’est vrai qu’à la réflexion, elle avait raison, ma fille : le jeu en valait la chandelle. C’est important de parler de l’autisme et de soutenir les familles concernées, car c’est une réalité qui touche tout de même 1 personne sur 100 dans le monde, soit environ 600 000 personnes en France, dont 25% d’enfants. C’est d’ailleurs une véritable chance pour les élèves de notre école d’être sensibilisés à cela via la classe Arc-en-Ciel : rien de tel que cette proximité quotidienne vécue par les enfants dans la cour de récréation pour mieux se connaître et s’accepter mutuellement, sans discrimination.

Mais avant de parler de changer le regard de nos enfants, on pourrait commencer par changer le nôtre ! Je me rends compte en effet à quel point nos réactions spontanées peuvent parfois être en décalage avec nos belles idées et nos meilleures intentions. Ainsi, qui ne s’est jamais supris à observer avec un peu trop d’attention quelqu’un dont le handicap, mental ou physique, nous surprenait, nous bouleversait, nous perturbait ? L’instant d’après, on s’en veut d’avoir fait et éprouvé cela, mais c’est trop tard.

Chaque année, en septembre, c’est à ce petit travail introspectif que nous amène le festival Orphée, organisé à Versailles. Ce festival (et j’en profite, au passage, pour lui faire une petite publicité bien méritée) propose, depuis plusieurs années, de superbes spectacles de danse ou de théâtre mettant en scène des artistes handicapés et valides. C’est à chaque fois un véritable choc pour nous, public : on voit évoluer avec grâce des personnes en fauteuil roulant, des danseurs trisomiques, un homme privé de jambes… On rit devant l’humour ravageur d’une jolie femme exhibant sa prothèse de bras, ou du papa d’un enfant autiste… C’est sûr, au départ, on focalise sur le handicap. Ça nous gratouille et même, avouons-le, ça nous dérange. Puis peu à peu, on se laisse emporter par la qualité remarquable du spectacle et derrière la personne présentant une déficience, c’est l’artiste que l’on voit, avec un grand A. Et notre admiration n’en est qu’accrue… même si on a également un peu honte de notre première réaction. Pas si simple, notre rapport à la différence !

Alors, comme le préconise la compagnie Stopgap Dance dans le cadre de ce festival, pourquoi ne pas rapprocher davantage le monde des valides et le monde du handicap, « deux mondes parallèles », pour valoriser « l’interdépendance humaine, ses forces et sa vulnérabilité » ? Il suffit pour cela de changer notre regard…