« Âme brisée » de Akira Mizubayashi

Amis lecteurs, bonjour ! Je vous invite aujourd’hui à lire « Âme brisée » de l’écrivain Akira Mizubayashi (Gallimard, 19 €). Pour ce roman écrit directement en français, l’auteur japonais a remporté le prestigieux Prix des Libraires 2020. C’est l’histoire d’une lente et belle reconstruction après un traumatisme d’enfance, mais aussi une ode au pouvoir salvateur de la musique.

Le roman commence par une scène forte qui se déroule à Tokyo, en 1938. Le jeune Rei, 11 ans, assiste à une répétition clandestine organisée par son père Yu, passionné de musique classique occidentale, avec trois étudiants chinois. Soudain, des soldats japonais font irruption dans la pièce et arrêtent les quatre musiciens amateurs, soupçonnés d’être des dissidents politiques en cette période de guerre sino-japonaise. Le violon de Yu est brisé et Rei, caché dans une armoire, voit son père emmené à jamais loin de lui. Un officier mélomane nommé Kurokami tente de l’aider et remet à l’enfant l’instrument paternel détruit. Rei devra grandir et construire sa vie d’adulte avec le violon brisé et le souvenir obsédant de cette scène terrible… En parallèle de cette histoire ancienne, le roman raconte une autre histoire : celle de Jacques et Hélène, qui se sont rencontrés dans les années 50 mais avec lesquels on fait connaissance au début des années 2000, à Paris. Il est luthier et elle archetier, deux métiers aussi complémentaires que leurs personnalités. Mais quel est le lien entre ces deux histoires, l’une japonaise et l’autre française ? A vous de le découvrir en lisant ce magnifique roman !

C’est avec beaucoup de délicatesse que Akira Mizubayashi associe dans ce récit deux formes d’art, la littérature et la musique, pour explorer la question de la perte d’un être cher, du déracinement et de l’oubli impossible. Le titre « Âme brisée » lui-même est admirablement choisi : il désigne d’une part concrètement « l’âme » brisée du violon de Yu, cette petite pièce de bois interposée entre la table et le fond de l’instrument, les maintenant à la bonne distance pour assurer la qualité, la propagation comme l’uniformité des vibrations ; d’autre part l’âme brisée de l’enfant, au sens spirituel du terme, suite à cette scène traumatisante. C’est précisément la musique qui va sauver Rei et le ramener vers ce père dont il ne parvient pas à faire le deuil.

Entre la musique mise à l’honneur tout au long de l’histoire et la poésie de la langue française choisie par l’auteur, parsemée de quelques expressions et références culturelles japonaises, le lecteur ne peut qu’être charmé, voire envoûté par ce joli roman. Pour autant, la cruauté du monde est également au coeur de ce récit, qui démarre en pleine guerre. Il est ainsi question de la politique expansionniste de l’Empire japonais, de la violence des arrestations et des interrogatoires menés par les militaires, mais aussi d’Hiroshima et du bombardement de Tokyo le 10 mars 1945.

Ce roman se lit vraiment d’une traite, on se laisse emporter par la quête du père et l’espoir d’une réparation matérielle et spirituelle, comme par la musique qui accompagne comme un souffle profond chaque mouvement de l’histoire, de la première à la dernière page. A offrir ou s’offrir pour mieux vivre cette période particulière !

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s