« Les choses humaines » de Karine Tuil

Les-choses-humainesAmis lecteurs, bonjour ! Je vous parlerai aujourd’hui du dernier roman de Karine Tuil : « Les choses humaines » (Gallimard, 21€), sélectionné lors de la rentrée littéraire 2019. Prix Interallié et Prix Goncourt des Lycéens, c’est un texte puissant autour  des thèmes chers à cette auteure : identité, société et psychologie. Il traite en particulier de la question brûlante du consentement sexuel.

On découvre d’abord la vie des Farel, un couple médiatique : Jean, 70 ans, est un journaliste français autodidacte et reconnu, qui anime une émission politique à la télévision. Son épouse Claire, 45 ans, est une essayiste connue pour ses engagements féministes. Leur fils Alexandre, 21 ans, est un étudiant brillant qui s’apprête à entrer dans la prestigieuse université de Stanford aux Etats-Unis. Tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes pour cette famille, jusqu’à ce que Claire se sépare de Jean pour emménager avec Adam, un professeur dont elle est tombée follement amoureuse. Un soir, le jeune Alexandre emmène Mila, la fille d’Adam âgée de 18 ans, à une fête parisienne, suite à laquelle les choses dérapent… Une accusation de viol va lancer la machine judiciaire et dévaster la vie des différents protagonistes de cette histoire.

Nous sommes là au coeur d’une question tristement actuelle : celle qui interroge le consentement sexuel, dans le contexte de #MeToo et #BalanceTonPorc, du procès Weinstein et de toutes les affaires qui secouent les mondes du cinéma, du sport, de la littérature (cf. le récent livre-témoignage de Vanessa Springora) et autres. S’agit-il de viol, ou non ? Comment évaluer la notion de consentement, quand le refus n’est pas clairement exprimé et que les circonstances peuvent induire en erreur ? On est dans cette fameuse « zone grise » qui rend si complexe le travail de la justice.

C’est justement dans la seconde partie du livre que Karine Tuil nous invite nous aussi à prendre le temps de comprendre comment des vies peuvent basculer en vingt minutes d’égarement, comment un jeune homme brillant et sans histoire a pu en arriver là : devenir malgré lui bourreau. Quelle est la part de responsabilité de chacun, quelle est celle du monde contemporain ? Nous affrontons avec Alexandre nos propres peurs face à la terrible mécanique judiciaire : la garde à vue, le placement sous contrôle judiciaire, l’emprisonnement, le procès… Nous sommes bien sûr amenés aussi à comprendre l’importance vitale pour une jeune fille d’être reconnue comme victime pour supporter le poids de la souffrance et de la honte. Comment peut-elle surmonter sa peur des hommes, son dégoût d’elle-même, après un tel traumatisme ? Dans cette seconde partie, toute entière consacrée à l’enquête de police, aux dépositions et aux confrontations, puis au procès, priorité est donnée aux faits. Il y a des questions, des réponses, des plaidoiries, des témoignages, un verdict. Pas le moindre commentaire, pas d’émotion, c’est au lecteur de juger par lui-même avec les éléments qui lui sont donnés.

C’est donc avec beaucoup de talent et d’intelligence, évitant mélo et complaisance, que Karine Tuil nous invite à travers ce roman fort à ne pas chercher trop vite de réponses toutes faites sur ce sujet sensible, à prendre le temps de réfléchir et de nous interroger. Dans la vraie vie, les « choses humaines » sont plus complexes qu’elles n’y paraissent et la littérature peut nous aider à en prendre conscience…

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