« Il faut qu’on parle de Kevin » de Lionel Shriver

Il faut qu'on parle de KevinAmis lecteurs, bonjour ! J’ai envie de vous présenter aujourd’hui « Il faut qu’on parle de Kevin » de Lionel Shriver (J’ai lu, 8,60€). Ce roman épistolaire coup de poing donne la parole à la mère d’un adolescent auteur d’une tuerie dans un lycée américain (c’est une fiction cependant).

À la veille de ses seize ans, Kevin Khatchadourian a tué sept de ses camarades de lycée, un employé de la cafétéria et un professeur. Dans des lettres adressées au père dont elle est séparée, Eva, sa mère, interroge avec une précision chirurgicale leur histoire familiale pour comprendre comment son fils en est arrivé là. Elle se souvient qu’elle a eu du mal à sacrifier sa brillante carrière pour devenir mère, qu’elle ne s’est jamais faite aux contraintes de la maternité et que dès la naissance elle s’est heurtée à un enfant difficile, voire hostile.  L’arrivée de Celia, petite sœur fragile et affectueuse, n’a fait que creuser le fossé entre elle et son fils. Elle se rappelle avoir passé des années à dénoncer la méchanceté naturelle de Kevin, au grand dam de son mari qui voulait, contre vents et marées, incarner la famille américaine idéale… Mais quand le pire est survenu, Eva veut comprendre : qu’est-ce qui a poussé Kevin à commettre ce massacre ? Et quelle est sa propre part de responsabilité ?

Dans ce roman anticonformiste, Lionel Shriver ose briser trois tabous. Le premier est celui de l’innocence absolue de l’enfant : ce dernier ne commettrait le mal que du fait d’une enfance malheureuse, de parents déficients, de traumatismes, etc. En réalité, n’en déplaise à Jean-Jacques Rousseau, il semble que certains enfants naissent bel et bien méchants… Le second tabou abordé est celui de l’amour maternel inconditionnel : l’auteure américaine ose affirmer que l’amour maternel n’est pas inné et décrit une mère qui  mène avec son enfant une guerre de chaque instant. Le troisième tabou est celui de de la famille américaine idéale, dans laquelle l’enfant est roi. Des matchs de baseball aux visites culturelles, en passant par des cadeaux à foison, les parents rivalisent d’idées pour concourir à l’épanouissement de leur rejeton, lui pardonnant tous ses écarts. Lionel Shriver livre ainsi une critique impitoyable des méthodes d’éducation laxiste qui ont fleuri aux Etats-Unis ces dernières décennies.

Il me faut préciser que certains passages, dans lesquels la mère décrit elle-même son narcissisme et sa dureté, ont de quoi déclencher le malaise et l’antipathie. Mais elle a aussi le mérite de ne jamais tomber dans l’auto-complaisance. Et on se prend à la fin du livre à éprouver une vraie compassion pour elle… Par ailleurs, certaines scènes (celle de la tuerie notamment, mais pas seulement) sont d’une cruauté et d’une violence difficilement soutenables : ce roman n’est donc pas à mettre entre toutes les mains. Mais j’en garde personnellement un souvenir fort, dérangeant et bouleversant à la fois.

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