« Être sans destin » de Imre Kertész

Etre sans destinAmis lecteurs, bonjour ! Je vous parlerai aujourd’hui de l’un des romans qui m’ont le plus marquée au cours de ces dernières semaines : « Être sans destin » de Imre Kertész (Babel, 8,70€), prix Nobel de littérature en 2002.

Dans ce roman biographique, l’écrivain hongrois Imre Kertész raconte comment en 1944, alors âgé de 15 ans, il doit dire adieu à son père envoyé en Service de Travail Obligatoire avant d’être lui-même déscolarisé pour travailler dans une raffinerie, doté de la funeste étoile jaune, puis arrêté et déporté dans un train à bestiaux, destination Auschwitz. L’accueil est presque sympathique, les plates-bandes regorgent de fleurs, rien ne laisse présager ce qui attend les arrivants. Puis, étape par étape, le processus concentrationnaire se dévoile sous le regard candide de l’adolescent, qui parvient à composer avec l’inacceptable grâce à son incroyable instinct de survie. Il est envoyé dans le camp de travail de Zeitz, puis à Buchenwald. Lorsque le camp est libéré par les soldats russes, le jeune homme miraculeusement survivant est rapatrié à Budapest. Un an seulement s’est écoulé depuis son arrestation, mais tout a changé, en lui et autour de lui…

Imre Kertész est décédé en 2016 à l’âge de 86 ans. « Il est l’une des rares personnes qui a réussi à décrire cela d’une manière immédiatement accessible pour tous, pour ceux qui n’ont pas vécu cette expérience « , précisait Horace Engdahl, secrétaire permanent de l’académie Nobel, en 2002. En effet, toute la force de ce roman réside moins dans ce qu’il décrit (qui est déjà tristement connu) que dans la façon dont il est écrit. Imre Kertész n’a pas voulu donner un témoignage, ni même « penser » son expérience, il a souhaité recréer de façon parfaitement exacte le monde des camps, avec une minutie impitoyable. Il a dû pour cela se livrer à un incroyable travail de distanciation et de mémoire, se remettant littéralement dans la peau et les yeux de l’adolescent qu’il fut. Par le « je » du narrateur, il nous associe à cette expérience inédite : découvrir et vivre étape par étape l’horreur concentrationnaire, avec l’innocence d’un jeune de 15 ans qui, bien que affreusement mutilé dans sa chair et dans tout son être, se révèle capable de dire que « là-bas aussi, parmi les cheminées, dans les intervalles de la souffrance, il y avait quelque chose qui ressemblait au bonheur ».

On ne peut qu’être dérangé, voire choqué par ce point de vue, mais c’est également ce regard nouveau sur un thème hélas familier qui est riche d’enseignements. Il nous amène à imaginer l’imaginable sans le recours de la fiction,  à prendre la mesure de la force d’âme extraordinaire qu’il fallait pour survivre à cet enfer, mais aussi à réfléchir à la part de liberté qu’il reste à l’homme lorsqu’on le prive de destin : la liberté de vivre tout « naturellement », d’accepter d’avancer « pas à pas », et d’éprouver du bonheur envers et contre toutes les vicissitudes, voire les atrocités, que la vie nous réserve. Une formidable leçon en somme.

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