« L’Origine de la violence » de Fabrice Humbert

img_2713Amis lecteurs, bonjour ! Je vous présente aujourd’hui « L’Origine de la violence », un roman de Fabrice Humbert publié en 2009 (Le Livre de Poche, 7,10€). Lauréat du Prix Orange 2009, du Prix littéraire des Grandes Ecoles 2010 et du Prix Renaudot Poche 2010, ce livre a inspiré le film éponyme d’Elie Chouraqui sorti en 2015.

L’histoire est la suivante : lors d’un voyage scolaire qu’il effectue en Allemagne, un jeune professeur de français découvre au camp de concentration de Buchenwald la photographie d’un détenu dont la ressemblance avec son propre père le stupéfie. De retour en France, obsédé par cette photo, il effectue des recherches et découvre des secrets de famille qui vont bouleverser sa vie…

Ecrit à la première personne du singulier, ce roman se lit comme un récit autobiographique, c’est en fait une autofiction : une fiction inspirée de faits réels. Ce procédé crée une connivence avec le lecteur : l’enquête du narrateur, ou plutôt sa quête, devient notre quête, on est avide de savoir qui est ce détenu et quel est son lien réel avec le narrateur. A travers sa propre histoire, ce dernier nous invite dans les méandres de l’Histoire avec un grand H. Il confronte les destins de deux familles que tout opposait : l’une fière représentante de la grande bourgeoisie normande, l’autre modeste issue de l’immigration. L’amour, puis la guerre, ont entremêlé leurs vies à jamais. En tombant lui-même amoureux, au cours de ses recherches, d’une jeune Allemande descendante d’un haut fonctionnaire nazi, le narrateur complexifie encore son propre rapport à l’Histoire et à sa famille : qui sont les véritables coupables ?

Percer ce secret de famille est aussi l’occasion pour le narrateur de tenter de comprendre « l’origine de la violence » : celle, absolue, des bourreaux nazis et du monde concentrationnaire, mais aussi celle des collégiens et lycéens dans les banlieues difficiles dans laquelle l’auteur a été amené à enseigner, enfin sa propre violence qu’il a du mal à canaliser. C’est cette violence protéiforme qui le pousse à écrire : « Une violence sans bornes ni limites, une violence qui chemine sourdement à travers les époques, levant par instants sa tête sifflante et serpentine. Et même si l’origine a pu se trouver dans ce destin familial, la violence a été convoyée jusqu’à moi, sans doute tapie dans les silences de mon père. Par ces étranges et fascinants cheminements de l’enfance, cette plaque sensitive qui lègue pour toute la vie une conscience, la violence m’a été livrée en héritage. »

J’étais très curieuse de lire ce roman. D’une part, parce que l’auteur n’est autre que le professeur de français de l’une de mes filles, au lycée franco-allemand de Buc, et que je trouvais cela amusant. D’autre part et plus sérieusement, parce que ce sujet du secret de famille lié à la deuxième guerre mondiale me touche personnellement, moi qui n’ai découvert qu’après sa mort que mon grand-père d’origine russe avait été inquiété par les autorités française – le fameux Commissariat aux affaires juives – en 1944, qui lui ont finalement délivré un certificat attestant qu’il n’était pas juif « jusqu’à nouvel ordre ». Un destin se joue ainsi en quelques mots… C’est ce que démontre avec brio Fabrice Humbert dans ce roman très bien écrit, dans un style fluide et dépouillé.

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