« Khalil » de Yasmina Khadra

KhalilAmis lecteurs, bonjour ! Laissez-moi vous présenter aujourd’hui le dernier roman de Yasmina Khadra : « Khalil » (Julliard, 19€). Une plongée à  la fois effrayante et fascinante dans la tête de l’un des terroristes du funeste 13 novembre 2015.

Ce soir-là, tandis que les Parisiens se pressent au Stade de France pour suivre le match amical France/Allemagne, se retrouvent entre amis aux terrasses des cafés ou à un concert de rock au Bataclan, un groupe d’hommes armés jusqu’aux dents quitte la Belgique en voiture pour ensanglanter la capitale. Parmi eux, Khalil, un jeune homme de 23 ans originaire de Molenbeek et d’origine marocaine, s’apprête à se faire exploser dans un RER bondé à la sortie du match de foot, rêvant déjà du paradis des martyrs… Comment, après avoir été biberonné par la société occidentale, devient-on ainsi un jour un kamikaze, prêt à tuer des dizaines de personnes sans le moindre remord ? C’est la question brûlante à laquelle Yasmina Khadra, écrivain algérien prolifique et auteur notamment de « L’Attentat », un autre livre marquant, essaie de répondre avec ce nouveau roman coup de poing qui explore les rouages du terrorisme.

Un premier terreau pour l’endoctrinement des terroristes est le sentiment d’exclusion : « l’exclusion exacerbe les susceptibilités, les susceptibilités provoquent la frustration, la frustration engendre la haine et la haine conduit à la violence », note Khadra. Comme ses amis Ryan et Driss, son « héros » Khalil a grandi dans une cité de Molenbeek, dans la banlieue de Bruxelles. Mais si le premier s’en est bien sorti, trouvant sa juste place dans sa vie professionnelle et personnelle, ce n’est pas le cas des deux autres. Mal dans sa famille dans laquelle il ne se reconnait pas, mal dans cette société occidentale dans laquelle il ne se sent pas intégré, Khalil a décroché du système scolaire et sombré peu à peu dans la délinquance et les plaisirs faciles. C’est ainsi qu’il est devenu une proie facile pour les cheiks et émirs de Belgique, qui l’ont récupéré et embrigadé, nourrissant son besoin d’appartenance et de valorisation.

Loin de sous-entendre que tous les jeunes issus de l’immigration sont des terroristes en puissance, Yasmina Khadra distingue vraiment les musulmans des islamistes. La famille de Khalil comme bon nombre de ses amis sont profondément choqués et même touchés dans leur chair par les tueries perpétrées par les terroristes. Ils condamnent sans appel ces « Fous de Dieu » qui assassinent au nom d’une foi aveugle et sanguinaire. Mais Khalil, profondément radicalisé, n’a plus accès à la raison ni aux sentiments, il est devenu un monstre aux yeux mêmes de ses proches.

Tout le roman est écrit au « Je » de narration, ce qui est profondément troublant pour nous lecteurs. En nous glissant dans la peau du terroriste, Yasmina Khadra nous invite à vivre une expérience insolite, à la limite du supportable, tant on n’a aucune envie de s’identifier à quelqu’un envahi par une telle folie, une telle violence. Mais on est dans le même temps happé par ce témoignage personnel, pris par le suspense du récit : Khalil va-t-il s’enfoncer dans son délire mystique et aller au bout de sa mission kamikaze ou finir par ouvrir les yeux sur la portée de ses actes ? Vous le saurez en lisant ce livre remarquable qui permet de comprendre – en partie – l’incompréhensible.

 

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