« Légende d’un dormeur éveillé » de Gaëlle Nohant

Légende d'un dormeur éveilléAmis lecteurs, bonjour ! Je vous parlerai aujourd’hui du dernier roman de Gaëlle Nohant, l’auteure du remarquable et remarqué « La Part des flammes ». Son titre : « Légende d’un dormeur éveillé » (disponible le 19 septembre au Livre de Poche, au prix de 8,90€). Il a reçu le Prix des Libraires et été sélectionné pour le grand prix des lectrices de ELLE 2018.

Dans ce pavé de 520 pages, Gaëlle Nohant nous invite sur les pas de Robert Desnos, dont la vie flamboyante fut en effet digne d’un roman : tour à tour écrivain, chroniqueur radio, poète, critique de cinéma et résistant de la première heure, il a vécu jusqu’au bout en homme libre, amoureux et généreux. Nous déambulons avec lui dans les rues du Paris de l’entre-deux-guerres en compagnie des surréalistes, d’André Breton, d’Éluard, de Man Ray, Picasso ou Garcia Lorca. Nous assistons au coup de foudre entre Madeleine Renaud et Jean-Louis Barrault. Nous compatissons à la lente plongée dans la folie d’Antonin Artaud. Et surtout, nous brûlons avec Robert Desnos d’amour et de frustration pour les deux femmes auxquelles il a voué sa vie : Yvonne et Youki. C’est d’ailleurs à cette dernière que Gaëlle Nohant laisse la parole pour raconter les derniers moments du poète, mort en déportation en Tchécoslovaquie, héroïque…

Pour moi, Robert Desnos était jusqu’alors un poète sympathique, dont je connaissais essentiellement le poème « La fourmi » : « Une fourmi de 18 mètres avec un chapeau sur la tête, ça n’existe pas… » Je croyais à tort qu’il s’agissait d’un poème pour enfants, alors qu’il a été publié en 1944 et représentait à l’époque un acte fort de résistance : la fourmi en question évoquait la locomotive des convois de trains transportant les malheureux déportés de toutes nationalités en direction des camps allemands… Robert Desnos a écrit un certain nombre de textes engagés, car il considérait que sa plume devait être au service de la Liberté. C’est d’ailleurs au nom de cet idéal qu’il a accepté de donner sa vie.

On découvre ainsi grâce à Gaëlle Nohant, qui lui voue une véritable passion depuis l’enfance, un Robert Desnos de chair et d’os, bien éloigné de la figure de poète naïf que l’on pouvait avoir en tête. Elle nous dépeint un homme de convictions, sensible et attachant. Elle a mené pour cela des investigations très poussées, mais parvient grâce à sa plume talentueuse à dépasser la simple biographie pour redonner vie au poète, nous faire partager ses émois, ses chagrins et ses révoltes. Elle témoigne : « Écrire ce roman tenait du numéro de funambule, il fallait demeurer sur le fil ténu de la fiction tout en demeurant la plus fidèle possible à la vérité de l’histoire et des vies de tous les protagonistes. Inventer entre les clous, remplir les blancs, rejoindre la vérité par le biais de la fiction, ou en tout cas une vérité possible. Ce Robert Desnos est le mien, il ne saurait se substituer au vrai ni en épuiser le richesse, mais je veux croire qu’il lui ressemble. »

Avec ce magnifique hommage au poète, elle nous donne envie de l’aimer à notre tour. Merci, Gaëlle Nohant, pour cette belle rencontre !

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