« Par amour » de Valérie Tong Cuong

2018-08-07 20.43.25Amis lecteurs, bonjour ! Je vous recommande aujourd’hui « Par amour », un roman de Valérie Tong Cuong paru en 2017 aux éditions JC Lattès et disponible en poche aujourd’hui (Le Livre de Poche, 7,60€).

Il s’agit de l’histoire de deux familles havraises emportées dans la tourmente de la Seconde Guerre mondiale. D’un côté, Joffre et Emélie, concierges d’école, et leurs enfants Jean et Lucie ; de l’autre, Muguette la soeur d’Emélie, dont le mari Louis est retenu prisonnier en Prusse orientale, et leurs enfants Joseph et Marline. De l’exode à la Libération, nous suivons leur quotidien pas à pas de 1940 à 1945, nous partageons leurs peurs, leurs incertitudes, le froid et la faim pendant l’Occupation. Le Havre vit au rythme des décisions des Allemands et des bombardements frénétiques des Anglais… et en meurt : quatre cinquièmes de la ville seront détruits, de nombreux civils tués. La guerre est là, omniprésente, accompagnée de son cortège de malades, de blessés et de cadavres. Elle laissera des séquelles bien visibles dans la ville comme dans les coeurs des Havrais.

Très documentée sur cette époque, l’auteure nous fait découvrir un autre aspect méconnu de la guerre : les évacuations d’enfants conseillées ou imposées pendant la guerre par les autorités locales et/ou par l’occupant. Envoyés à la campagne, voire même en Algérie, les plus jeunes étaient séparés  de leurs parents, parfois pendant plusieurs années, pour échapper aux bombardements. Une épreuve de plus pour chacun et en même temps l’occasion pour les enfants de vivre un bonheur inespéré et inoubliable, loin des souffrances de la guerre.

C’est dans les circonstances extraordinaires que le tempérament profond de chacun se révèle et s’affirme : les faiblesses mais aussi les forces insoupçonnées. Dans ce roman, adultes comme enfants témoignent d’un courage, d’une générosité et d’une foi en la vie magnifiques, ils agissent toujours « par amour » quel qu’en soit le prix à payer. Même si l’histoire peut paraître parfois un peu naïve, la grande Histoire ne l’est pas et malmène brutalement les personnages. On s’attache à eux précisément pour leur humanité, on ne veut pas les lâcher, on les accompagne vers leur destin. On se sent d’autant plus emphatique qu’il s’agit d’un roman choral : chaque personnage prend la parole tour à tour pour continuer le récit à travers son propre point de vue, au fil des chapitres.

Pour écrire ce roman, l’auteure s’est inspirée d’événements vécus par sa propre famille : « Tout comme mes grands-parents, ma mère parlait peu de la guerre. Ou bien seulement avec d’autres Havrais. Je devinais pourtant qu’ils avaient vécu l’enfer. Un jour, j’ai saisi les raisons de ce silence. La ville n’avait pas seulement été occupée par les Allemands. Nos propres alliés, les Anglais, l’avaient bombardée sans relâche, puis détruite, assassinant nombre de ses habitants. Ce n’était pas une chose à dire. Alors, j’ai voulu comprendre. Il a fallu retrouver des témoins du drame. Exhumer des archives. Ce que j’ai découvert m’a éclairée sur ce qu’est le courage, l’abnégation, et sur l’amour, qui était demeuré leur seul carburant. »

Un bon roman, en somme, qui se lit avec intérêt et émotion.

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