« Le lambeau » de Philippe Lançon

Amis lecteurs, bonjour ! Laissez-moi vous présenter aujourd’hui « Le lambeau » de Capture d_écran 2018-07-23 à 15.24.18Philippe Lançon (Gallimard, 21€), un roman autobiographique sorti en avril dernier, qui a déjà fait couler beaucoup d’encre. Il faut dire que le sujet n’est pas anodin : il s’agit du témoignage d’un journaliste grièvement blessé suite à l’attaque de Charlie Hebdo le 7 janvier 2015.

S’il a eu la chance d’être un rescapé de cette violence inouïe qui s’est abattue pendant 2 minutes dans la salle de rédaction du journal satyrique, Philippe Lançon a dû faire face à des séquelles physiques et morales terribles : blessé aux bras et aux mains, il a eu la mâchoire inférieure emportée par les balles et reste hanté par les images de ses compagnons morts et de leurs assassins. Plus jamais rien ne sera comme dans sa « vie d’avant ».

Le journaliste à la gueule cassée commence son récit le 6 janvier, la veille de l’attentat. Puis il raconte brièvement et avec sobriété l’irruption des terroristes au milieu de l’ambiance potache de la conférence de rédaction de Charlie Hebdo, insistant sur l’impression de sidération et d’irréalité qu’il a ressentie pendant et juste après l’attaque, avant même de prendre conscience de son propre état. Enfin, sans pathos et en se mettant complètement à nu, il raconte son parcours physique et psychologique de plusieurs mois au sein de la Salpetrière et des Invalides : 282 jours d’hôpital entrecoupés de 17 opérations, de greffes ratées et recommencées, d’expérimentations chirurgicales autour de son « lambeau », de rencontres marquantes. Nous partageons son quotidien et toutes les étapes de sa reconstruction, au sens propre comme au sens figuré.

Si Philippe Lançon exprime sa souffrance de patient soumis aux heurs et malheurs de la médecine, il rend aussi un vibrant hommage au corps médical : à Chloé, sa chirurgienne, ainsi qu’aux infirmières et aides-soignants qui, avec peu de moyens, tentent de rendre chaque jour la vie à l’hôpital plus humaine.

Ses deux autres alliés pour affronter son  parcours éprouvant : la musique et la littérature. Il lit ainsi la scène de « la mort de la grand-mère » de Proust (!) à chaque fois qu’il descend au bloc, se fait opérer en écoutant Bach et se repaît de textes de Kafka et de poésie.  « Bach et Kafka : l’un m’apportait la paix et l’autre une forme de modestie et de soumission ironique à l’angoisse. »

Fort de ces soutiens et sous l’oeil vigilant de policiers armés 24 heures sur 24, il dit que « la chambre était (s)on royaume ». Un royaume-cocon qu’il a eu beaucoup de mal à quitter, tant le monde du dehors l’effrayait. Il lui faut depuis réapprendre à vivre « normalement » ou presque, avec son corps encore douloureux et rapiécé… et ses fantômes.

Un récit magistral et bouleversant, qui marque pour longtemps.

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