« Les loyautés » de Delphine de Vigan

5DD5ECB1-8068-4A11-A619-74CC9D5786E0.jpegOups, j’ai honte : je n’ai rien publié sur ce blog depuis 3 mois, alors que le principe même d’un blog est d’être nourri régulièrement ! Ce n’est pas faute d’avoir lu, mais plutôt faute de lectures vraiment marquantes et… de temps. Je vais donc profiter des vacances pour vous parler de quelques livres que j’ai aimés.  Et je commencerai par « Les loyautés » de Delphine de Vigan (JC Lattès, 17€).

Nul besoin de présenter l’auteure – entre autres – de « D’après une histoire vraie » qui a remporté le prix Renaudot et le prix Goncourt des lycéens en 2015. Avec profondeur et sensibilité, voire parfois avec dérision, elle explore dans chacun de ses livres les méandres de sa propre vie ou de celle de ses contemporains, creusant dans les failles et les mettant à nu. À chacun ensuite de méditer sur ce qu’il veut en comprendre et en retenir. Personnellement, j’ai été touchée par tous ses romans : qu’il s’agisse de témoigner des ravages de l’anorexie (« Jours sans faim »), de dénoncer le sort des jeunes sans domicile fixe (« No et moi »), de stigmatiser la violence du monde de l’entreprise (« Les heures souterraines »), de mettre à nu des secrets de famille (« Rien ne s’oppose à la nuit ») ou de jouer au chat et à la souris avec le lecteur en gommant la frontière entre réalité et fiction (« D’après une histoire vraie »), j’ai admiré à chaque fois la virtuosité de Delphine de Vigan et suis restée marquée par ses personnages et ses univers.

Dans ce nouveau roman sorti il y a quelques mois à peine, voici la question qu’elle pose : «  Chacun de nous abrite-t-il quelque chose d’innommable susceptible de se révéler un jour, comme une encre sale, antipathique, se révelerait sous la chaleur de la flamme ? Chacun de nous dissimule-t-il en lui-même ce démon silencieux capable de mener, pendant des années, une existence de dupe ? » Ce livre raconte l’histoire d’Hélène, une femme professeur de SVT dans un collège parisien, qui s’inquiète du mal-être de Théo, un de ses élèves, qu’elle est la seule à avoir décelé. À 13 ans, l’adolescent s’est en effet mis à boire de l’alcool en cachette avec son ami Mathis, de plus en plus souvent, de plus en plus fort, au sein même de l’établissement, pour supporter un quotidien familial chaotique. Cet intérêt que la jeune prof porte à son élève est mal vu par son entourage professionnel et personnel et il lui est demandé d’y mettre fin. Mais on comprend peu à peu que si Hélène se sent autant concernée par ce que vit Théo, c’est qu’elle reconnaît en lui sa propre enfance blessée, maltraitée. Alors comment ne pas chercher à venir en aide au jeune garçon, à tout prix ?

Ce roman choral, à travers les voix de Hélène, Théo, Mathis et sa mère Cécile dévoile ainsi tout un écheveau de fils invisibles, de liens qui nous attachent les uns aux autres : amitié, amour filial, amour maternel, amour conjugal, relations entre professeurs et élèves, relations professionnelles… Sans parler de notre propre passé, qui nous lie à nous-mêmes. Autant de « loyautés » qui peuvent être des « tranchées dans lesquels nous enterrons nos rêves », mais aussi des « tremplins sur lesquels nos forces se déploient ». En refermant ce livre qui se lit d’une traite, à nous de réfléchir à ces « fidélités silencieuses », comme les appelle Delphine de Vigan, qui nous habitent et orientent nos vies.

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