« La Serpe » de Philippe Jaenada

La SerpeAmis lecteurs, bonjour ! Je vous invite aujourd’hui à découvrir le roman « La Serpe » de Philippe Jaenada (Julliard, 23 euros), prix Femina 2017. Dans cet énorme pavé de 648 pages, l’auteur se livre à une enquête extrêmement approfondie sur un événement réel et tristement célèbre : un triple homicide survenu un matin d’octobre 1941 dans le château d’Escoire, au fin fond du Périgord, jamais élucidé.

Un jeune homme à l’époque présente le profil du coupable idéal : Henri Girard, futur auteur du célèbre Salaire de la peur (qui sera transposé en film avec Yves Montant et Charles Vanel) sous le pseudonyme de Georges Arnaud. Dans la nuit, ce sont son père, sa tante et la bonne qui sont retrouvés massacrés dans le château familial, à coups de serpe. Henri Girard est le seul survivant et l’unique héritier. Deux jours plus tôt, il avait emprunté l’arme du crime aux gardiens du château… Aucun doute : ce jeune homme violent et dépensier est le responsable de cette folie meurtrière.  Mais contre toute attente, il est acquitté en 1943 au terme d’un procès retentissant et l’enquête est abandonnée. Henri s’exile au Venezuela, rentre en France en 1950 et poursuit une carrière d’écrivain en tant que Georges Arnaud, tout en étant de tous les combats pacifistes. Dans la seconde édition du Nouveau Dictionnaire des auteurs de tous les temps et de tous les pays publié chez Laffont-Bompiani en 1994, il est écrit de lui : «Georges Arnaud est un humaniste, en ce sens qu’il a toujours pris la défense des humbles, des oubliés, des marginaux. Pendant la guerre d’Algérie, il a dénoncé les violences policières et condamné les atrocités.»

Un fait divers épouvantable et un présumé coupable à la personnalité ambiguë, aussi terrifiante que touchante : voilà des ingrédients parfaits pour stimuler l’inspiration d’un romancier ! Philippe Jaenada s’est manifestement fait une joie d’endosser le rôle de détective privé pour mener une enquête extrêmement scrupuleuse sur place et à travers les archives afin de démêler les fils de cet écheveau complexe. Il nous livre ses trouvailles et réflexions pas à pas, dans un récit entrecoupé de multiples parenthèses et digressions personnelles, informatives ou ironiques.  Au début, ce style peut paraître désarmant, voire un peu rebutant. Puis on est happé par le suspense et gagné par l’excitation du fin limier qui déniche des indices inédits ou mis de côté, et qui réorganise les pièces du puzzle jusqu’à ce qu’un nouveau coupable apparaisse en filigrane. Et si, avec Jaenada, on parvenait à résoudre enfin une énigme vieille de soixante-quinze ans ? Vive la littérature qui permet de refaire l’Histoire !

 

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