« L’ordre du jour » d’Eric Vuillard

l-ordre-du-jour.jpgAmis lecteurs, bonjour ! Permettez-moi de vous présenter aujourd’hui le dernier prix Goncourt : « L’ordre du jour » d’Eric Vuillard (Actes Sud, 16 euros).

Ce livre s’ouvre sur une scène mystérieuse, un peu inquiétante : « Les ombres pénètrent dans le grand vestibule du palais présidentiel de l’Assemblée. » Ces « ombres », ce sont les vingt-quatre représentants du monde économique allemand, venus rencontrer Hitler dans les salons parlementaires en ce 20 février 1933 à Berlin, à l’invitation du président du Reichstag, Hermann Göring. Ils s’appellent Krupp, von Schnitzler, von Opel, etc., ils dirigent les fleurons de l’industrie allemande : BASF, Bayer, Siemens, Allianz, Telefunken… Au terme de cette réunion, convaincus que Hitler va faire basculer leur pays dans une nouvelle ère d’ordre et de prospérité, les industriels sortent leurs chéquiers pour soutenir le nouveau gouvernement nazi, en manque de fonds.

A partir de cette scène, Eric Vuillard montre l’enchaînement d’événements qui ont mené de 1933 à 1939 à la dictature nazie, il détaille la mécanique de manipulation psychologique et politique mise en oeuvre par les nazis aussi bien en Allemagne que dans les pays voisins. Sous-estimant la folie mégalo-maniaque de Hitler, personne n’a vu venir le danger. Ainsi, Kurt Schuschnigg, « le petit dictateur autrichien », convoqué au Berghof lors d’un face-à-face mythique avec Hitler lui-même, n’a pas su lui résister pour éviter l’Anschluss. Les Autrichiens ont cru être envahis par une armée allemande puissante, mais ce n’était que du bluff. Anecdote plus incroyable encore : le 12 mars 1938, au moment où les troupes allemandes envahissaient l’Autriche, Chamberlain et Churchill partageaient un dîner mondain en compagnie de l’ambassadeur Ribbentrop et n’ont pas osé l’interrompre par respect des convenances, tandis que le général allemand riait sous cape…

L’auteur nous plonge dans cette folle décennie mais fait des allers-retours dans le temps, nous invitant aux procès de Nuremberg en 1946 pour écouter les témoignages des dirigeants nazis. Il nous amène aussi à réfléchir aux leçons à tirer ici et maintenant de l’Histoire. Son roman n’est pas un simple documentaire sur la deuxième guerre mondiale, c’est le réquisitoire d’un homme engagé contre la compromission et l’aveuglement qui mènent au fanatisme. En précisant la façon dont les industriels allemands ont utilisé de manière inhumaine les déportés des camps de concentration comme une main d’oeuvre abondante et gratuite, Eric Vuillard nous rappelle qu’aujourd’hui encore, « notre quotidien est le leur. Ils nous soignent, nous vêtent, nous éclairent (…). Ces noms existent encore. Leurs fortunes sont immenses. » Nous sommes mis en garde, alors soyons vigilants et n’oublions rien.

Une réflexion sur “« L’ordre du jour » d’Eric Vuillard

  1. Bonjour Anne-Sophie, ça doit être le seul livre de ta liste que j’ai lu et beaucoup aimé. J’ai aussi trouvé qu’il était admirablement écrit. Bravo pour ton blog, je sais où aller piocher des idées de lectures !

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