« La Disparition de Josef Mengele » d’Olivier Guez

La disparition de Joseph MengeleAmis lecteurs, bonjour ! Permettez-moi de vous présenter le roman qui a reçu le dernier prix Renaudot : « La Disparition de Josef Mengele » de Laurent Guez (Grasset, 18,50€).

Je vous préviens tout de suite : âmes sensibles, s’abstenir… L’auteur nous met face à celui qui était surnommé « l’Ange de la Mort » : le docteur Mengele, le tristement célèbre médecin d’Auschwitz. Celui qui sélectionnait les déportés à leur arrivée par convois, pour les envoyer soit à une mort immédiate dans les chambres à gaz, soit à une mort par épuisement dans les camps de travail. Celui qui pratiquait des expériences « médicales » terribles sur les jumeaux, les nains ou les estropiés. Celui qui collectionnait les yeux bleus et les épinglait dans son bureau…

Ce monstre est parvenu à échapper à la justice des hommes, en s’exilant en Amérique du Sud, comme tant d’autres de ses sinistres comparses. Le livre commence ainsi en 1949, à l’arrivée de Josef Mengele en Argentine. Le couple Perón est au pouvoir, et accueille avec bienveillance tous les rebuts de l’Europe, tandis que leurs pays d’origine préfèrent les oublier : nazis, miliciens, fascistes, phalangistes… Mengele aura ainsi l’occasion de croiser sous le soleil d’Amérique du Sud de tristes sires comme Eichmann ou Barbie. Sous couvert de pseudonymes puis sous son vrai nom, entretenu par sa riche famille d’industriels allemands, le tortionnaire d’Auschwitz coule des jours heureux à Buenos Aires. Il parvient même à faire une escapade en Europe, à se remarier et à faire venir à lui sa femme et son fils. Mais les anciens déportés réclament justice et la traque reprend. Sous diverses identités et costumes, le médecin SS s’enfuit au Paraguay puis au Brésil.  Constamment sur le qui-vive, rongé physiquement et moralement par la solitude et par l’angoisse d’être reconnu et arrêté, Mengele vivra ainsi de nombreuses années caché, jusqu’à sa mort en 1979.

On referme ce livre brûlant avec soulagement, tant on a l’impression de revenir d’un voyage au bout de l’enfer. On n’a même pas la consolation de découvrir un brin d’humanité en Mengele, qui même à la fin de sa vie réfutait toute notion de remords, de pitié ou d’humanité, et restait un nazi convaincu d’avoir agi pour le bien du peuple allemand. Narcissique, despotique et paranoïaque, il était absolument odieux, y compris aux yeux de ses proches.

Mais on se pose aussi 1000 questions, dont la principale est : comment cet homme considéré comme l’un des pires criminels nazis, a-t-il pu passer entre les mailles du filet mis en place dans le monde entier, trente ans durant ? Tout simplement, comme l’explique très bien Laurent Guez dans ce roman, grâce aux nombreuses aides et complicités dont il a bénéficié : celles de sa famille bien sûr, celle du régime péroniste, celle d’anciens nazis ou sympathisants. Mais aussi parce que le monde a longtemps préféré se voiler la face sur les horreurs perpétrées dans les camps, plutôt que de les affronter et de les assumer. On peut donc considérer cette lecture – très instructive du reste – comme un hommage aux victimes de Mengele, une forme de devoir de mémoire.

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