« Underground Railroad » de Colson Whitehead

Underground RailroadAmis lecteurs, bonjour ! Permettez-moi de vous présenter aujourd’hui un très beau roman de la rentrée littéraire 2017 : « Underground Railroad » de Colson Whitehead (Albin Michel, 22,90€), qui a remporté le prix Pulitzer et le National Book Award, pas les moindres des récompenses.

Pour commencer, précisons que le chemin de fer clandestin (« Underground Railroad », en anglais) était un réseau de routes clandestines qui étaient utilisées par les esclaves noirs américains pour se réfugier au-delà de la ligne Mason-Dixon et jusqu’au Canada, avec l’aide des abolitionnistes qui adhéraient à leur cause. Tracy Chevalier l’a également évoqué dans son roman « La fugitive » (cf. ma critique sur ce blog).

Dans « Underground Railroad », Colson Whitehead raconte donc l’histoire de Cora, une jeune esclave de seize ans, abandonnée par sa mère sur une plantation de coton dans la Géorgie d’avant la guerre de Sécession. Cora survit tant bien que mal à la violence de sa condition. Lorsque Caesar, un esclave récemment arrivé de Virginie, lui propose de s’enfuir, elle accepte et tente, au péril de sa vie, de gagner avec lui les États libres du Nord. De la Caroline du Sud à l’Indiana en passant par le Tennessee, Cora va vivre une incroyable odyssée. Traquée comme une bête par Ridgeway, un impitoyable chasseur d’esclaves qui l’oblige à fuir, sans cesse, elle fera tout pour conquérir sa liberté.

L’auteur a joué sur le double sens du mot « underground » – qui signifie « clandestin » mais aussi « souterrain » – en transformant le chemin de fer métaphorique en chemin de fer réel : Cora voyage bel et bien en sous-sol, dans un wagon tiré par une locomotive à vapeur, pour découvrir de station en station divers états d’Amérique qui sont autant de visages du pays… Des visages souvent effrayants, voire épouvantables, tant le racisme est  violent dans ce pays où les Blancs redoutent la vengeance des Noirs devenus à leur goût trop nombreux. Alors on traque, on dénonce, on lynche, on pend à tour de bras, aussi bien les esclaves fugitifs que les Noirs libres qui ont le malheur de tomber entre les mains des patrouilleurs et autres chasseurs de primes. C’est cru, dur, souvent poignant… et ça fait réfléchir.

Entre réalisme et fiction, Colson Whitehead nous offre là un roman puissant aux allures d’épopée : on suit avec émotion les aventures de Cora – et de tous ceux qui croisent son destin – en partageant ses craintes, ses peines, ses (rares) joies, mais aussi son espoir invincible de vivre enfin libre. Au-delà de cette histoire romanesque, l’auteur nous invite à une vraie réflexion sur l’esclavage et sur les mécaniques du racisme, et apporte un éclairage nouveau sur l’Amérique d’hier et d’aujourd’hui. Seule la construction du roman, un peu trop segmentée à mon goût, m’a gênée. Mais ce roman, une fois quitté, laisse chez le lecteur une trace indélébile.

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