« Une vie bouleversée » d’Etty Hillesum

une-vie-bouleverseeAmis lecteurs, bonjour ! Ce recueil, « Une vie bouleversée » d’Etty Hillesum (Points, 7,80€), m’a laissée littéralement sans voix. C’est ce que l’on appelle un livre édifiant.

Il s’agit d’un journal et de lettres écrits de 1941 à 1943 par Etty Hillesum, une jeune femme hollandaise d’une trentaine d’années, belle et vive, extrêmement cultivée, libre dans sa pensée comme dans ses moeurs… et juive. Etty est décédée avec toute sa famille à Auschwitz fin 1943. Mais elle nous laisse des textes magnifiques, témoignant d’une foi en l’homme et en Dieu inouïe. Une force d’âme d’autant plus extraordinaire qu’Etty a subi les multiples restrictions et privations infligées aux Juifs à Amsterdam, avant d’être envoyée dans un camp de travail à Westerbok et d’affronter le terrible quotidien des déportés : le froid, la faim, l’épuisement, la terreur quotidienne de partir, ou de voir partir ceux que l’on aime, dans l’un de ces convois sinistres qui s’ébranlaient vers la Pologne au petit matin… Mais jusqu’au jour de son propre départ vers Auschwitz, Etty, lucide et dénuée de toute naïveté, a célébré la beauté de la vie, y compris au milieu des barbelés et de la boue, et offert sa présence lumineuse à tous les malheureux qui l’entouraient. La dernière phrase de son journal est : « On voudrait être un baume versé sur tant de plaies ». Edifiant, vraiment.

Voici un extrait significatif de son journal, qui se laisse méditer :

« Ce matin en longeant à bicyclette le Stadionkade, je m’enchantais du vaste horizon que l’on découvre aux lisières de la ville et je respirais l’air qu’on ne m’a pas encore rationné. Partout des pancartes interdisaient aux Juifs les petits chemins menant dans la nature. Mais au-dessus de ce bout de route qui nous reste ouvert, le ciel s’étale tout entier. On ne peut rien nous faire, vraiment rien.

On peut nous rendre la vie assez dure, nous dépouiller de certains biens matériels, nous enlever une certaine liberté de mouvement tout extérieure, mais c’est nous-mêmes qui nous dépouillons de nos meilleures forces par une attitude psychologique désastreuse. En nous sentant persécutés, humiliés, opprimés. En éprouvant de la haine. En crânant pour cacher notre peur. On a bien le droit d’être triste et abattu, de temps en temps, par ce qu’on nous fait subir : c’est humain et compréhensible. Et pourtant la vraie spoliation c’est nous-mêmes qui nous l’infligeons.

Je trouve la vie belle et je me sens libre. En moi des cieux se déploient aussi vastes que le firmament. Je crois en Dieu et je crois en l’homme.

J’ose le dire sans fausse honte. La vie est difficile mais ce n’est pas grave. Il faut commencer par « prendre au sérieux son propre sérieux », le reste vient de soi-même. Travailler à soi-même, ce n’est pas faire preuve d’individualisme morbide. Si la paix s’installe un jour, elle ne pourra être authentique que si chaque individu fait d’abord la paix en soi-même, extirpe tout sentiment de haine pour quelque race ou quelque peuple que ce soit, ou bien domine cette haine et la change en autre chose, peut-être même à la longue en amour – ou est-ce trop demander ? C’est pourtant la seule solution…

Ce petit morceau d’éternité qu’on porte en soi, on peut l’épuiser en un mot aussi bien qu’en dix gros traités. Je suis une femme heureuse et je chante les louanges de cette vie, oui vous avez bien lu, en l’an de grâce 1942, en la énième année de guerre. »

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