N’oublions pas « la petite fille Espérance »

Texte écrit pour Noël 2016 dans « le Petit Saint-Symph ».

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« Peur sur la France », « Le début de la fin », « Les tueurs sont parmi nous »… A en croire les médias qui raffolent des titres anxiogènes, on ferait mieux de ne plus se lever le matin et de plonger la tête sous l’oreiller. Certains s’étonnent même que l’on puisse encore vouloir donner naissance à des enfants dans un contexte pareil…

C’est vrai que l’ambiance n’est pas vraiment à la fête, c’est le moins que l’on puisse dire. Nos enfants grandissent dans un monde sinistre et inquiétant, dans lequel on parle de décapitations, d’attentats, de fusillades, de bombes, de camions fous. Où plus personne n’est à l’abri nulle part, ni au travail, ni au bureau, ni dans dans les transports, les centres commerciaux, les cafés ou les salles de spectacles. Même à l’école, qui devrait être un lieu sécurisant entre tous, il faut appliquer de manière drastique le plan Vigipirate. Ainsi, à Saint-Symphorien, nous sommes désormais familiers des badges d’accès qui régissent l’entrée et la sortie des enfants. Quant aux exercices de PPMS (plan particulier de mise en sûreté), ils font maintenant partie du quotidien des écoliers, collégiens et lycéens.

Alors oui, ce n’est pas le monde que l’on voulait offrir à nos enfants. On est loin du paradis des Bisounours, du cocon doux et chaleureux dans lequel on aurait aimé les laisser grandir. Mais est-ce une raison pour déprimer et les entraîner avec nous dans une vision triste et angoissante de l’avenir ? Non, car en marge de toutes ces horreurs, demeure à nos côtés « la petite fille Espérance », qui « voit ce qui n’est pas encore et qui sera » et « qui fait marcher tout le monde » (cf. le magnifique poème de Charles Péguy à lire et relire). Pour le chrétien, l’espérance, c’est mettre sa confiance dans les promesses de Dieu, même quand tout semble difficile ou perdu.

Alors en ce temps de l’Avent, rappelons-nous que Noël est justement la fête de la lumière et de l’Espérance et développons avec nos enfants notre capacité d’émerveillement devant toutes les belles initiatives qui éclosent un peu partout dans le monde, tant en faveur de nos frères que de la planète. Agissons avec ceux qui nous entourent pour que le monde soit plus beau, plus juste et fraternel. Et vivons, du fond du cœur, un véritable « joyeux Noël » !

Anne-Sophie Prost

 

L’ ESPÉRANCE de Charles Péguy

La foi que j’aime le mieux, dit Dieu, c’est l’ Espérance.

 La Foi ça ne m’étonne pas.

Ce n’est pas étonnant.

J’éclate tellement dans ma création.

 La Charité, dit Dieu, ça ne m’étonne pas.

Ça n’est pas étonnant.

Ces pauvres créatures sont si malheureuses qu’à moins d’avoir un cœur de pierre, comment n’auraient-elles point charité les unes des autres.

 Ce qui m’étonne, dit Dieu, c’est l’ Espérance.

Et je n’en reviens pas.

L’ Espérance est une toute petite fille de rien du tout.

Qui est venue au monde le jour de Noël de l’année dernière.

C’est cette petite fille de rien du tout.

Elle seule, portant les autres, qui traversa les mondes révolus.

La Foi va de soi.

La Charité va malheureusement de soi.

Mais l’ Espérance ne va pas de soi. L’ Espérance ne va pas toute seule.

Pour espérer, mon enfant, il faut être bienheureux, il faut avoir obtenu,

reçu une grande grâce.

 La Foi voit ce qui est.

La Charité aime ce qui est.

L’ Espérance voit ce qui n’est pas encore et qui sera.

Elle aime ce qui n’est pas encore et qui sera.

 Sur le chemin montant, sablonneux, malaisé.

Sur la route montante.

Traînée, pendue aux bras des grandes sœurs,

qui la tiennent par la main,

La petite espérance s’avance.

Et au milieu de ses deux grandes sœurs elle a l’air de se laisser traîner.

Comme une enfant qui n’aurait pas la force de marcher.

Et qu’on traînerait sur cette route malgré elle.

Et en réalité c’est elle qui fait marcher les deux autres.

Et qui les traîne, et qui fait marcher le monde.

Et qui le traîne.

Car on ne travaille jamais que pour les enfants.

 Et les deux grandes ne marchent que pour la petite.

Extraits de : Charles Péguy, Le Porche du mystère de la deuxième vertu, 1912

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