Chut, Maman travaille ! (Juin 2016)

Un vendredi à 16h30, je sors tout juste d’un après-midi avec les CP à la piscine. Bien sûr, je me suis attendrie sur les petits bonnets blancs, rouges, noirs ou jaunes, qui s’égayaient dans l’eau. J’ai joué à l’habilleuse pour aider à enfiler collants et chaussettes, puis à Sherlock Holmes pour inspecter chaque recoin du vestiaire et ramasser les lunettes de piscine oubliées. Je me suis amusée à écouter les babillages sur le chemin… même si c’était un peu moins drôle de se prendre la pluie au retour, mais ce sont les aléas du métier. Bref, les enfants sont rentrés sains et saufs (!), je me félicite d’avoir été utile et d’avoir fait plaisir à mon fils. Une mère exemplaire, en somme !

Mais mon beau sourire auto-satisfait se fissure lorsque ma fille cadette sort surexcitée de l’école en m’annonçant fébrilement : « Maman, on a une sortie au cinéma la semaine prochaine. La maîtresse nous a demandé si un parent pourrait nous accompagner… Je lui ai répondu que tu étais très disponible ! » (authentique). Et là, tout s’écroule : je prends conscience une fois de plus que, pour ma fille, ma vie se résume à de grandes vacances. Idée qu’elle manifeste régulièrement en partant à l’école en me lançant d’un ton jaloux « tu as trop de chance, toi, de ne pas devoir y aller ! ». J’ai beau lui répondre que d’une part j’ai déjà donné en années scolaires, merci, et que d’autre part je ne vais pas enchaîner cinéma, MacDo et accrobranche toute la journée, parce que j’ai « un vrai travail, avec de vrais clients et de vrais délais » : rien n’y fait.

C’est tout le problème avec des parents qui n’ont pas des professions bien identifiables : médecin, boulanger ou garagiste par exemple. De vrais métiers, quoi ! Ainsi, pour mes enfants, leur père était officiellement conducteur de train, puisqu’il partait à la gare tous les matins : cela leur parlait plus qu’un emploi dans la finance. Quant à moi, ils me voient écrire à longueur de journée sur l’ordinateur, mais pourquoi, pour qui ? Le terme de « rédactrice » leur semble bien obscur… Et le fait de travailler en indépendante à la maison accentue cette image de travail qui n’en est pas un. C’est ainsi que ma fille ne se gêne pas pour me raconter sa vie ou balancer son cahier de grammaire sur mon clavier, lorsqu’elle me voit les yeux rivés sur l’écran, avec un casque anti-bruits sur les oreilles… Maman est forcément dis-po-nible !

De fait, au cours des dernières décennies, un certain nombre de métiers ont disparu, d’autres ont changé de nom (comme les instituteurs devenus professeurs des écoles), d’autres encore sont apparus avec des noms bizarres (community manager, webdesigner, etc). Et de nouvelles façons de travailler ont émergé : l’auto-entrepreneuriat, le télétravail, le co-working… Nous-mêmes, on en perd parfois notre latin, alors que dire de nos enfants ?

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